Stratégie nationale de la sécurité des systèmes d’information : l’Algérie fortifie son cyberespace
Après des années de numérisation accélérée des services publics, l’Algérie passe à l’étape supérieure, qui est celle de protéger son espace numérique. Pour ce faire, elle vient de se doter d’une Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information pour la période 2025-2029.
Dans la préface de cette stratégie nationale, préparée et rendue publique hier par l’Agence de sécurité des systèmes d’information (ASSI) rattachée au ministère de la Défense nationale, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a rappelé que la généralisation de la numérisation de l’administration constitue un levier essentiel pour simplifier le quotidien des citoyens et soutenir la relance économique sur des bases solides et durables. Mais cette modernisation, a-t-il relevé, expose le pays à de nouvelles vulnérabilités, faisant des infrastructures numériques une cible privilégiée d’attaques malveillantes.
Pour y faire face, l’État s’est donc doté dès 2020, par décret présidentiel, d’un Dispositif national de sécurité des systèmes d’information, avec la création de l’Agence de la sécurité des systèmes d’information (ASSI). Cette architecture repose sur une coopération intersectorielle renforcée et sur une exploitation opérationnelle rapide des informations liées aux menaces cybernétiques. La stratégie nationale de cybersécurité vise justement à faire face à un paysage numérique hostile et aux menaces cybernétiques croissantes qui peuvent affecter le fonctionnement des administrations et des services en ligne destinés aux citoyens mais aussi compromettre des données sensibles.
Parmi les menaces les plus persistantes, l’on peut citer le Phishing et le Spear-phishing utilisés pour voler des identifiants ou infiltrer des réseaux, le Ransomware qui sert à mettre hors service des systèmes entiers et exiger ensuite une rançon pour la restitution des données déjà observés dans plusieurs secteurs critiques, ou encore des attaques par déni de service (DDoS) et des campagnes coordonnées, parfois en lien avec des tensions géopolitiques régionales. Ces menaces et tant d’autres, qui sont bien réelles, soulignent la nécessité de renforcer les compétences internes face à des attaques de plus en plus sophistiquées.
Conscient du risque que les systèmes d’information mis en place dans tous les secteurs, allant de l’Éducation à la Défense en passant par les services d’état civil, la santé, les finances et la justice, deviennent des cibles de choix pour les ennemis de l’Algérie, les hautes autorités du pays ont conçu cette stratégie qui constitue le cadre référentiel du travail des institutions de l’État et de toutes les parties prenantes. Elle s’articule sur plusieurs axes dont les capacités technico-opérationnelles, le cadre juridique, organisationnel et normatif, la formation, recherche-développement et sensibilisation ainsi que la coopération nationale et internationale. Elle vise à doter le pays, en plus des ressources humaines qualifiées, organisationnelles, réglementaires et fonctionnelles en la matière, de capacités de prévention, de détection et de réponse aux incidents cybernétiques, qu’ils soient d’origine accidentelle ou malveillante, à travers la mise en place de moyens performants. Il s’agit de garantir la cyber-résilience nationale pour soutenir la transformation numérique de l’Algérie et préserver la souveraineté numérique nationale.
L’ambition affichée est de hisser l’Algérie à un niveau d’excellence en matière de protection de ses systèmes d’information. À travers cette stratégie nationale, l’État entend accompagner l’ensemble des institutions publiques, mais aussi les organismes privés, dans une démarche progressive, inclusive et rigoureusement maîtrisée de sécurisation et de résilience numérique. Le cap est fixé pour les quatre prochaines années. Au cœur de cette feuille de route, il y a un objectif central qui est d’atteindre un niveau maximal de performance en matière de sécurisation et de cyber-résilience des systèmes d’information nationaux et des infrastructures critiques, tous secteurs confondus. Il ne s’agit plus seulement de prévenir les incidents, mais d’anticiper les menaces, de contenir les risques et de garantir la continuité des services essentiels en toutes circonstances. La stratégie repose sur une cartographie précise des vulnérabilités.
Chaque secteur sera évalué selon son degré de sensibilité, avec une attention particulière portée à ceux dont une éventuelle compromission pourrait entraîner des conséquences majeures. Sont particulièrement concernés les institutions gouvernementales, les administrations publiques, les organismes financiers, les services de sécurité, mais aussi des secteurs vitaux tels que l’énergie, la santé, les ressources hydriques, les télécommunications, les transports ou encore les chaînes de production et de distribution des produits alimentaires de première nécessité. Car derrière l’enjeu technique se trouve une réalité selon laquelle une attaque réussie contre ces systèmes pourrait non seulement perturber le fonctionnement des institutions, mais aussi affecter leur crédibilité et, surtout, le bien-être et la sécurité de la population.
Conçue comme un cadre référentiel structurant, cette stratégie fixe les orientations et les actions à entreprendre selon un ordre de priorité clairement établi. Ainsi, les principales priorités affichées sont le renforcement des dispositifs de défense des réseaux et bases de données des administrations et organismes publics, le développement de capacités humaines et techniques pour détecter et répondre aux incidents cybernétiques, la sensibilisation et la formation des agents publics et acteurs privés aux bonnes pratiques de cybersécurité et l’harmonisation de la gouvernance des données et des normes de sécurité à l’échelle nationale. Cette stratégie instaure en effet une gouvernance coordonnée, destinée à harmoniser les pratiques et à renforcer la coopération. L’approche retenue privilégie la montée en puissance progressive des dispositifs de protection, en veillant à associer l’ensemble des acteurs concernés.
Comme objectifs stratégiques, elle vise de construire la cyber-résilience des systèmes d’information nationaux, d’œuvrer pour un écosystème national propice en matière de cybersécurité, de mettre en place un cadre national pour le développement d’une ressource humaine qualifiée en cybersécurité ainsi que de promouvoir la coopération en cybersécurité. Elle fixe les actions à entreprendre et les orientations à suivre afin d’atteindre ces objectifs, selon leur importance et leur priorité. Il est précisé dans cette stratégie que pour pouvoir prévenir, détection et répondre efficacement aux cyberincidents, il faudra développer les capacités technico-opérationnelles. La consolidation de l’assise juridique dans ce domaine est également nécessaire pour concrétiser la vision stratégique et garantir ainsi la cyber-résilience nationale.
A cela s’ajoute l’impératif d’investir beaucoup dans le facteur humain, qui constitue le maillon le plus important de la chaîne de sécurité, et ce afin de renforcer de le doter de toutes les connaissances nécessaires lui permettant d’exercer ses missions dans le cyberespace d’une manière sûre et efficace. Autre élément essentiel inscrit dans cette stratégie : la recherche et l’innovation en matière de cybersécurité. Il y a lieu également de d’inculquer la culture de cybersécurité à l’ensemble des intervenants dans l’espace numérique. La coopération nationale s’ajoute à toutes ces mesures, et ce dans le but d’optimiser et de mutualiser les moyens d’action et de promouvoir l’échange des informations sur tous les aspects ayant trait à la cybersécurité, entre secteurs public et privé, mais aussi avec l’Agence de la Sécurité des Systèmes d’Information. Cette coopération internationale nécessite un encadrement aux niveaux stratégique et technico-opérationnel.
Il faut souligner que l’adoption de la Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information marque un tournant décisif dans la consolidation du bouclier numérique de l’Algérie. Dans un environnement international où les cyberattaques se multiplient et se sophistiquent, le pays se dote désormais d’un cadre structuré lui permettant de verrouiller son espace numérique et de protéger ses infrastructures critiques. En renforçant ses capacités de prévention, de détection et de riposte, l’Algérie s’arme bien contre les tentatives d’intrusion, d’espionnage, de sabotage ou de déstabilisation numérique.
La stratégie s’articule sur plusieurs axes, dont les capacités technico-opérationnelles, le cadre juridique, organisationnel et normatif, la formation, recherche-développement et sensibilisation, ainsi que la coopération nationale et internationale.
L’adoption de la Stratégie nationale de sécurité des systèmes d’information marque un tournant décisif dans la consolidation du bouclier numérique de l’Algérie.